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De l'art de trouver une colocation à Buenos Aires

Publié le par Helix Bennington

Les tours de Palermo à Buenos Aires

Les tours de Palermo à Buenos Aires

« Home sweet home ». Encore faut-il pouvoir le dire.

Buenos Aires est la nouvelle ville en vogue tant pour l’explosion du tourisme que pour les séjours de plus en plus nombreux, d’expatriés venus des quatre coins de la planète. Et elle le mérite. Des températures plus que clémentes la plus grande partie de l’année, une vie nocturne trépidante, une identité culturelle marquée par la forte immigration européenne, un dynamisme impulsé par une société où la moyenne d’âge est de 30 ans, un esthétisme édifique capable de combler l’étudiant d’architecture le plus maussade, un paradis pour psychanalystes en manque de soleil, une fabrique d’êtres tous plus beaux les uns que les autres grâce à l’usage généralisé de la chirurgie esthétique…Tout donne envie de pouvoir porter le titre neuf de « Porteño », comme le sont appelés les habitants de la capitale.

Cependant comme dans toute grande métropole, 3 quêtes demeurent toujours d’actualité pour la personne désireuse de se fondre dans sa nouvelle ville: la recherche d’un mec, d’un boulot ou d’un appartement et dans ce cas exposé plus précisément : d’un appartement en colocation. Pour connaître la pensée argentine, il n’y a pas de secret, il faut « consommer » argentin.

La recherche d’un appartement en colocation à Buenos Aires relève de l’enquête sociologique. Qu’est-ce tout d’abord qu’une colocation ? Dans le concept français, vivre « en coloc’ » implique souvent un loyer élevé que le fait de partager avec d’autres personnes permet d’adoucir. Elle peut également se présenter comme un choix de vie parce qu’on trouve cela plus sympathique que de vivre en solo. Il s’agit généralement d’arrangements entre locataires, le propriétaire de l’appartement vivant la plupart du temps hors des lieux.

A Buenos Aires, la colocation est conçue comme un business. C’est ainsi que j’entendis un soir, dans un bar du quartier de Congreso, un Argentin évoquer sa recherche de travail actuelle et son idée, afin de lui assurer une rentrée d’argent régulière, de louer une chambre au sein de son propre appartement. Il n’est donc plus question ici de partager un loyer à des fins de soulagement financier, mais de proposer un service avec l’objectif d’en retirer un bénéfice chiffré.

La dévaluation du Peso argentin par le Peroniste Eduardo Duhalde en 2002, face au Dollar et encore plus à l’Euro, offre aux porteños l’image d’un Yankee ou d’un Européen aux poches débordantes de billets. Craigslist qui est un site internet pour étrangers, en est la parfaite illustration. On y trouve des annonces proposant une chambre dans un appartement en colocation à des prix flirtant avec les 500 Dollars, quand sur Compartodepto (un site de partages d’appartements pour locaux) le loyer ne s’en élèvera qu’à la moitié. Certaines annonces visibles sur Craigslist listent les services proposés par la personne cherchant un colocataire : « serviettes et draps inclus, ménage réalisé deux fois par semaine, téléphonie gratuite pour les appels locaux, wifi, téléviseur…» comme s’il s’agissait d’un hôtel. Le colocataire devient un « client » à qui on propose un service moyennant finance. De ce fait, il est commun de loger dans le même appartement que le propriétaire…ce qui n’est pas forcément de la meilleure idée.

A travers une recherche de colocation à Buenos Aires, il est possible de tracer un parallèle avec le rapport que les argentins entretiennent vis à vis de la sexualité. Le thème des visites est devenu l’une de mes questions de base lorsque j’ai compris que leur admission était loin de forger une évidence. Par « visites », j’entends : inviter une amie à prendre le thé, comme inviter Jojo à faire un câlin. Tout d’abord il y a des quantités d’appartements où les visites ne sont pas permises et cette réglementation est parfois le produit de la pensée de jeunes femmes de 25 ans venant de milieu social favorisé, étudiant à l’université…Il me vient à l’esprit le souvenir d’une potentielle colocataire m’ayant dit qu’il était possible de faire venir une amie à condition qu’elle puisse auparavant la connaître. Soit : un entretien avant d’avoir le droit de boire un verre avec une copine. Il y a aussi les lieux où les visites sont acceptées…sauf si l’être humain possède un pénis.

Ces tas de refus face aux visites écoutés lors d’appels téléphoniques avant de me déplacer pour découvrir l’appartement, font écho aux chambres à partager d’où par définition toute intimité est exclue y comprit si l’on souhaite passer « un moment avec soi-même » et à la quantité de lits simples proposés que j’ai pu voir durant mes pérégrinations. Au-delà du manque de place ou du manque de moyens, plane cette impression d’infantilisation et de vision du « client colocataire» comme un être dénué de sexualité, ou pouvant en avoir une mais de préférence cachée dans quelque hôtel bon marché prévus à cette encontre et assez répandus dans la ville.

Pour une Française habituée au cadre social très formel et pesant de cette vieille dame qu’est la France et à ses limites bien définies virant parfois à la psychorigidité, l’Argentine donne le sentiment d’un pays adolescent avec des contours beaucoup plus flous et donc une liberté d’action beaucoup plus grande. Elle dégage une vitalité, une fraîcheur et un dynamisme plus imposant que dans le pays tricolore. Cependant, au milieu de tout ce joyeux désordre fascinant qui manque à la France, demeure ce noyau d’apparence très dure concernant le vécu de la sexualité où les restes d’une religion catholique encore prégnante associée au machisme argentin offrent toujours la triste image surannée de la mère ou de la putain. Le fantasme de la jeune fille vierge sensée passer ses journées à ne faire qu’étudier, opposé à celui de la diablesse tentatrice au sexe dévoreur ramenant chez-elle le premier homme débusqué dans la rue. Le juste milieu portant le nom de : Femme.

Chercher une colocation implique la prise en compte de ces paramètres car la sexualité, là où elle semble niée ou non-désirée chez l’autre, fait pourtant partie de la vie. Et de l’opinion d’autrui sur ce thème, découlera un aperçu de son ouverture d’esprit et donc de l’entente possible entre personnes à priori inconnues.

Il n’y a pas de colocation idéale. Cependant, une mixité sexuelle lorsqu’on partage une résidence peut être une bonne idée. Les garçons, eux, ne se priveront pas de ramener des filles et tolèrent donc généralement beaucoup plus l’idée que leur colocataire ait aussi une vie « sous l’équateur ». Attention cependant à la colocation avec un seul homme que l’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam et qui prétendra dormir dans le salon. Garde également à la joliesse du mâle qui peut rendre plus compliqué un quotidien à deux. Car si l’on se retrouve à sortir avec Jojo, c’est la vie de couple directe que l’on va connaître! Autant en être conscient avant de céder à ses charmes.

Rechercher une colocation à Buenos Aires permet aussi de se rendre compte de l’atmosphère régnant dans la ville, reflet de la réalité sociale du pays. Le mot sécurité apparaît de manière répétitive dans les annonces concernant les partages d’appartement sur le net. En effectuant une visite dans le quartier chic de Caballito, j’ai le souvenir d’avoir eu l’impression de pénétrer une forteresse. L’entrée de l’immeuble, semblable au hall d’un hôtel de luxe était immense et impressionnante. Elle était gardée par une personne chargée de la sécurité à qui je dus mentionner le nom, le prénom de la personne que je souhaitais voir, l’étage, l’appartement où je me rendais et pour finir les motifs de ma visite. Une fois là-haut, les grilles que la propriétaire avait faites plaquer sur chaque fenêtre, donnaient la sensation de se retrouver prisonnier au sein de sa propre maison et confinaient au final, au ridicule. La grande majorité de la prohibition des visites prend pour justification officielle cette thématique sécuritaire au sein de la capitale. Problème martelé par les médias et par le gouvernement actuel (présidé par Cristina Kirchner) dans le but de détourner l’attention du vrai problème, dénommé: Pauvreté. En 2005, 26,2 % de la population urbaine argentine habite dans des bidonvilles*.

Dénicher la perle rare suppose enfin de visiter quantité d’endroits parfois étranges, comme ces pièces sans fenêtre appelées en France : «débarras », proposées ici comme chambre, ou ces carrés sordides d’où l’on s’attend à voir surgir Princesse Sarah*. A l’inverse il y a ces appartements pour riches où l’on payera très cher une chambre avec en guise de lit, un simple matelas jeté sur le sol. Je noterai également le concept «d’appartement indépendant» (avec entrée séparée) qu’une grand-mère francophile me proposa. C’est à cet instant que je me rendis compte, dans ce pourtant mignon petit studio, que le concept de colocation impliquait aussi pour moi de partager des moments avec d’autres gens, denrée permettant de bien vivre une expatriation pas simple tous les jours. Les liens revêtent une importance double lorsqu’on vit loin de son pays.

Trouver une colocation à Buenos Aires située dans un quartier que l’on aime (généralement la zone nord), à un prix correct (ne dépassant pas les 1300 Pesos soit 250 Euros) avec wifi, visites permises et de préférence un ou des colocataires avec qui le feeling semble passer, n’est donc pas une mince affaire. Cependant en cherchant activement, c’est-à-dire en répondant aux annonces intéressantes (Craigslist, Compartodepto, Mundoanuncio…) par mail, en appelant (plus rapide) les «bailleurs» ou tout simplement en posant sa propre annonce de recherche de colocation sur les sites énoncés, il est possible de dégoter le lieu où vous pourrez enfin, passé le pas de la porte, penser : « Home sweet home ».

 

Helix Bennington

 

* Princesse Sarah : est un dessin-animé japonais crée en 1985 par Ryūzō Nakanishi, d’après le roman A Little Princess de Frances Hodgson Burnett. Sarah est une petite servante brimée vivant misérablement dans l’Angleterre du XIXème siècle.

* http://www.statistiques-mondiales.com/index.html

www.buenosaires.es.craigslist.org/

www.compartodepto.com

www.mundoanuncio.com.ar

Article publié sur: http://tout-ca.com/2010/04/07/de-l%E2%80%99art-de-trouver-une-colocation-a-buenos-aires-3/

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