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Ça marche comment l'amour en Argentine ?

Publié le par Helix Bennington

L'amour dans le Jardin Japonais de Palermo à Buenos Aires

L'amour dans le Jardin Japonais de Palermo à Buenos Aires

Rencontrer un pays, c’est rencontrer sa culture, sa langue et ses habitants. On aura la sensation d’avoir pleinement vécu son histoire d’amour avec la terre d’accueil lorsqu’on s’y sera fait des amis, qu’on y aura étudié ou travaillé et que l’aisance prise avec l’idiome vous permettra devant une Quilmes* et en compagnie d’une bonne copine, d’exprimer votre colère après une dispute avec la coloc’, de conter la joie ressentie lors du dernier festival de jazz, d’épancher vos petits coups de blues ponctuels et surtout : de parler de Jojo en espagnol.

Lorsque vous parviendrez à piocher parmi la vaste palette émotionnelle de la vie en y décortiquant de façon subtile le sentiment juste, alors une étape dans votre vie d’expatrié sera franchie. Vous parlez désormais « argentin ». Et à ce titre, tout comme vos petites camarades porteñas*, vous serez désormais capable, les yeux dans le vague et la bouche en cœur, d’évoquer la dernière rencontre effectuée avec un bipède local qui vous paraîtra alors d’un exotisme torride.

Oui, vous êtes désormais l’une d’entre elles. Une de ces Argentines qui a ce sourire si particulier à l’abord d’un certain thème. En guise de baiser d’arrivée au pays à la bannière ensoleillée, vous avez imprimé vos lèvres sur la bouche d’un de ces autochtones charmants. Vous êtes dans la phase d’idéalisation de votre nouveau royaume et par conséquent pensez que tous ses sujets sont forcément des gens bien. Attendez cependant d’écoutez le discours impitoyable de vos amies portègnes sur leurs collègues mâles.

« Ici ce n’est pas comme en France » me dit un soir mon amie Florencia dans un des pubs de Recoleta. « On n’est pas ensemble comme ça. Ca prend beaucoup plus de temps ». Par « ensemble », il faut entendre en Argentine être « de novio » (à ne pas confondre avec être « fiancés » qui se dira: « ser comprometidos »). Pour elle, être « de novio » ne peut se déclarer qu’après un an de bons et loyaux services corporels et sentimentaux de la part des deux soupirants. La relation s’est installée et monsieur comme mademoiselle ont été réciproquement présentés aux membres de la belle-famille. C’est alors officiel : vous êtes avec Jojo !

Dubitative quant à la longueur du chemin à parcourir avant de pouvoir baptiser le lien entre deux créatures amourachées, simplement : « histoire », je voulus en savoir plus et récoltai une série d’informations confiées par des femmes argentines comme françaises vivant à Buenos Aires et ayant déjà goûté au délice de quelques mets locaux. Laurence, une jeune parisienne implantée désormais dans la capitale australe et « de novia » avec un Argentin m’explique : « ici les rencontres fonctionnent à l’américaine. C’est un système de « dates ». Les garçons vont avoir plusieurs dates en même temps à l’exacte image des filles qui batifoleront avec plusieurs galants. On essaye, on teste, on conte fleurette et plus avec le sexe opposé et quand se crée de l’amour entre deux personnes alors seulement on décide d’arrêter les rendez-vous avec ses autres prétendants pour se concentrer sur la relation naissante. Cela permet de se connaître avant de formaliser le lien et c’est moins pesant qu’en France où sitôt les lèvres posées sur leurs semblables, on portera le titre de « copain » ou « copine » ». A l’exemple de ses voisins brésiliens et chiliens, l’amant argentin portera plusieurs titres marquant chacun une étape ascendante avant de devenir officiellement: le « novio ». C’est ainsi que même si vous sortez depuis 3 mois avec Jojo et que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes, lorsque vous parlerez de lui comme de votre « novio », les gens ouvriront des yeux gros comme des calots en vous reprenant : « tu veux parlez de ton «chico?»». Dans le pays tricolore, la graduation est bien moindre et on se contentera d’employer l’unique et simple mot de « copain ». La notion de temps dans le domaine amoureux apparaît clairement distincte d’un côté et de l’autre de l’Atlantique.

Un terme fort répandu en Argentine est celui : d’« hystérie » et ici, tout être vivant est hystérique. Ce vocable originellement introduit par Freud se traduit sur ce bout de terre latine par un enthousiasme surprenant, un engouement étonnant et prématuré, un déferlement de paroles caressantes, de preuves d’affection rapides, une effusion de sentiments et de paroles flatteuses qui feront l’extase de la petite Française fraîchement débarquée, habituée à plus de distance et de retenue (de subtilité sans doute) de la part de ses congénères francophones.

C’est après que le tableau se ternit.

Trois jours à peine après que vous lui ayez tapé dans l’œil, monsieur vous parle comme si vous alliez passer le reste de vos jours ensembles, à tel point que vous vous faites quelques frayeurs à la pensée d’une histoire démarrant plutôt expressément. Ne vous inquiétez pas, la fièvre ne durera pas. Le lendemain, à l’image d’un exquis soufflet au fromage sorti du four, les paroles à la Comedia del Arte italienne retombent bêtement pour laisser place à un espace vide. C’est le néant après l’abondance. Si le courtisan vous lance à la fin d’une soirée délicieuse: « on se voit jeudi? Car demain j’ai poney, mardi mes cours du soir de kendo, mercredi ma grand-mère qui sort de clinique… », dans les faits, plus de nouvelles. A moins que l’on considère comme telles, le coup de fil téléphonique deux semaines plus tard demandant d’une voix virginale : « alors ? On se voit quand ? »

Nos amis les Argentins s’enflamment vite, mais force est de constater que rien ne suit concrètement derrière. Lorsqu’on est habituée à une certaine codification de la parade amoureuse, il est très déstabilisant de se retrouver confrontée à une indifférence totale après une avalanche de mots « enguimauvés ». C’est d’ailleurs généralement à ce moment que la candide idéalisation post-immigration laisse place au discours inverse : « tous des cons ! ». En réalité, il s’agit simplement d’un mode de fonctionnement distinct et d’un jeu dont on acceptera les règles…ou pas.

Il existe des aventures et des « one night stand » dans le monde entier. Jusqu’ici tout va bien. Cependant ce qui persiste à m’interroger sur le fonctionnement de la gente masculine locale, c’est pourquoi consacrer tant d’efforts à la création d’un verbiage mielleux détenteur au final d’une signifiance proche du néant ? Les Argentins manquent-ils donc tant de confiance en eux qu’ils ne parviennent pas à assumer l’expression du souhait d’une simple aventure ? Les Argentines ont-elles besoin d’un spectacle avant de câliner ? En pays gaulois le désir d’une liaison passagère sera davantage assumé. Il sera généralement clair assez rapidement, parfois même verbalisé et les deux partenaires joueront ainsi à égalité. Points de fioritures inutiles dans l’approche de la femelle, le jeu adopte un angle plus franc.

On notera une autre dimension dans le rapport homme-femme en Argentine intrinsèquement liée au machisme. Mon amie porteña Florencia me racontait un jour, déçue, que durant son séjour de quelques mois à Paris, un Français l’avait invitée à sortir plusieurs fois sans que rien ne se passe. Reconnaissant là une marque d’intérêt du pauvre éphèbe sans doute intimidé par la beauté chaude et piquante de la demoiselle, je lui demandai pourquoi elle n’avait rien voulu tenter. C’est alors qu’elle me répondit choquée: « C’était à lui de faire le premier pas ! Je suis la femme, c’est lui l’homme ! ». Dans la séduction à l’argentine, garçons et filles restent cantonnés à des places bien définies qu’il sera socialement mal interprété de ne pas respecter. On retrouve ce schéma d’un archaïsme désolant n’envisageant qu’un mâle actif et une femelle passive. Le beau sexe argentin se laisse conquérir et se garde bien d’empiéter sur les plates-bandes de son congénère.

De la même façon, la construction de la relation se base avant tout sur le désir masculin: « Surtout, ne le rappelle pas! Ici, moins on les embête, mieux c’est. Quand il te rappellera, décroche et fais comme si tu étais totalement désintéressée. ». Monsieur ne souhaite vous voir qu’une fois par semaine? Vous êtes sensée accepter de ne le rencontrer qu’une fois par semaine. A l’image d’un couple dansant le tango, les pas de la nymphe se calquent sur ceux du « sexe fort » et jamais l’inverse. L’infidélité masculine a quant à elle ouvertement pignon sur rue. Grandement tolérée par les femmes, elle s’affiche au grand jour du fait des « besoins » (évidemment) irrépressibles de ces messieurs.

L’image véhiculée par le mâle argentin n’est pas particulièrement plaisante. A tel point que lassée de ces jeux de séduction entièrement basés sur le désir de Monseigneur le conquistador, je m’essayai pour ma part au flirt allemand de passage à Buenos Aires. Si « les berlinois flirtent subtilement » ainsi que le chante le groupe germanique Wir Sind Helden, le degré élevé de subtilité est à l’inverse parfois déstabilisant : vous pourrez jouer vingt longues minutes avec vos clefs sur le seuil de votre garçonnière après une nuit entière à n’avoir fait que bavarder avec Jojo, il ne se passera rien. Ce qui vous fera d’ailleurs méditer plusieurs heures durant sur les objectifs exacts du jouvenceau. A la seconde expérience similaire vous ordonnerez toutefois au prussien sur le point (encore une fois !) de vous saluer poliment, vous laissant vous et votre libido sur le pas de la porte, de réintégrer la bataille et ce sera Vous : femme assumant ses désirs, qui prendrez l’initiative de lui faire goûter à votre talent artistique unique pour le french kiss.

La première impression ne signifie rien. Vous pourrez vous émerveiller de la chaleur latine et des attentions de certains Porteños à votre égard, vous risquerez d’être surprise par une suite ne satisfaisant pas vos espérances de love story « à la française » quand, à l’opposé, au-delà de la distance et de la froideur germanique réelle, sans fioriture de mots pour vous présenter comme la Venus de Milo, vous pourriez bien être attendrie par la lueur d’une romance naissante simple, romantique et surtout…plus authentique.

 

Helix Bennington

 

*La Quilmes est une bière très populaire d’Argentine.

* Le(a) Porteño(a) est l’habitant(e) du port de Buenos Aires.

Article publié sur: http://tout-ca.com/2010/04/29/ca-marche-comment-l%E2%80%99amour-en-argentine/

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Les petites histoires du machisme argentin

Publié le par Helix Bennington

Détail de la statue de la Plaza Francia dans le quartier Recoleta de Buenos Aires

Détail de la statue de la Plaza Francia dans le quartier Recoleta de Buenos Aires

De toute ma vie c’était la première fois que j’assistais à ce spectacle. Nous étions cinq femmes à attendre l’autobus 118 sur l’avenue Pueyrredón à Buenos Aires et un homme nous précédait dans la file. Lorsque vint le moment de grimper dans le transport en commun, notre homme se recula afin de laisser monter la gente féminine avant lui. Originaire d’un pays où la galanterie relève davantage aujourd’hui de l’ordre du concept théorique, j’avais trouvé l’attitude de cette créature d’une élégance folle.

L’expérience répétée je me suis rendue compte lorsque l’entrée ne tolérait pas deux personnes en même temps, qu’il était dans la coutume de donner la priorité au beau sexe. On prend vite goût à cette règle imparable, à tel point qu’on trouvera choquant le mâle indélicat qui n’aura pas honoré son « devoir » en pénétrant le premier dans une pièce. « Quel goujat » !

De la même façon si l’on se trouve en proie à quelques carences narcissiques, une simple promenade dans un des quartiers de Buenos Aires a la capacité de regonfler à bloc un égo féminin chétif. Car en Argentine, l’Argentin regarde ! C’est ainsi qu’en foulant le macadam porteño*, vous serez surprise de constater la compagnie de dix-milles paires d’yeux se plaisant à suivre la cadence de vos pas. Dans le métro ces mêmes yeux ne contempleront pas le plafond d’un air vague afin d’éviter de se heurter visuellement les uns les autres comme dans les transports parisiens. Au contraire, ils prendront leurs aises pour apprécier la joliesse de votre minois ou les courbes de la jeune fille assise à leurs côtés. Là où dans la capitale française les regards masculins sont plus rares et moins assumés…plus subtils tout simplement, il est parfois agréable de se sentir valorisée par ces œillades admiratives qui vous donneront l’impression d’être une descendante de Venus. Œillades par ailleurs distribuées à peu près à tout être humain propriétaire d’un décolleté.

Généralement, en même temps qu’il admirera vos gambettes extraordinaires en public, le mâle argentin vous servira une de ces petites phrases porteñas appelées piropos destinées à vous poser en rivale de Miss Univers. Le piropo allant du compliment courtois (et un peu niais) tel que : « vos yeux sont magnifiques, pourriez-vous m’en faire cadeau ? », aux remarques plus directes et beaucoup plus fréquentes du bipède masculin qui se plaira à souligner verbalement telle ou telle partie de votre anatomie. Le piropo se pratiquant dans la cité portuaire comme un sport national, vous pourrez trouver flatteur le fait de vous faire courtiser sitôt le pied posé hors de votre « home sweet home ».

Il est agréable de se sentir considérée par ces diverses marques d’attention, qui même si elles ne sont pas innocentes, agrémentent le quotidien. Toutefois à y regarder de plus près on notera que ces quelques détails de la vie de tous les jours offrent davantage la vision d’une femme argentine reléguée au rang d’objet sexuel. Certes il est tout à fait exquis de se voir ouvrir la porte, se sentir privilégiée en passant la première dans une pièce, s’assoir sur le siège qu’un Adonis vous aura précipitamment cédé dans le bus, observer votre concierge vous proposer ses muscles pour porter vos paquets chargés au retour des courses chez Coto*, se voir systématiquement invitée dans les cafés parce que l’addition sera toujours mise sous le nez de votre cavalier, se mirer à travers les longs regards flatteurs des inconnus dans le métropolitain, s’entendre susurrer des phrases élogieuses sur votre passage dans la rue…Cependant si hommes et femmes sont égaux, pourquoi Jojo s’évertue-t-il à se comporter différemment avec sa semblable ?

Ne chérissant pas les généralités, je me baserai sur mon seul ressenti quant à la question de la place des femmes dans la société porteña. L’un de ces ressentis concerne cette impression de « femme incapable sans la présence d’un homme », une femelle dépendante de la bonne volonté du mâle, de sa force physique, de son pouvoir économique…Car enfin si la galanterie souligne une certaine élégance, elle considère avant tout ces dames comme « amoindries » et dans l’attente perpétuelle du secours d’un sauveur. Ce qui en fin de compte relève du machisme. Le fait également de faire des activités en solo lorsqu’on est une femme à Buenos Aires ne paraît pas toujours d’une évidence lumineuse. Je prendrai en exemple le cinéma, lieu passé maître dans la réception des couples où l’on me demande constamment, alors que je ne me présente visiblement accompagnée que de moi-même et que de plus la séance a déjà commencé depuis un quart d’heure, combien d’autres places je souhaite acheter. De la même manière il est amusant de constater l’œil interrogateur au sein des gares routières et la tonalité surprise de ces : « viajas sola ?! » (« tu voyages seule ?! ») lorsqu’une fois descendue du bus on replace son sac à dos géant sur les épaules pour poursuivre librement son voyage à la routarde.

Revenons aux regards et aux petites phrases lancées sur votre passage en plein Buenos Aires. S’ils permettent de faire circuler le désir dans la société et donc de la dynamiser, ils créent néanmoins une impression d’« objetisation » de la femme argentine. Le fait d’être en effet commentée en permanence dans la rue au moindre croisement d’avec la gente à l’entrejambe protubérante donne la sensation d’être perçue comme un objet. Un objet que l’on se permet d’examiner sous toutes ses coutures et sur lequel monsieur n’hésite pas à donner son avis. L’inverse en Argentine ne se rencontre pas. Aucune fille ne s’autorise à haute voix l’éloge du « produit » mâle qui viendra de déambuler dans son champ de vision.

Pourquoi?

Du fait du poids de ces regards suivant avec insistance la silhouette de n’importe quelle personne de sexe féminin à peu près normalement constituée, plane une pression sur le physique beaucoup plus imposante qu’en France. Ce qui explique peut-être le côté « poupée » des Argentines arborant tenues coquettes ultra-stylisées, ongles des mains (et des pieds) toujours peinturlurés rouge flamboyant, souliers à talon immense et sac à main dernier cri. A la différence du pays gaulois et encore plus de l’Angleterre où diverses « tribus » proposent encore un style vestimentaire affirmé et assumé: hippie, punk, grunge, rappeur, gothique, androgyne, emo…la capitale portègne produit de petites figurines en série dépourvues au final de marque identitaire.

Cette pression concernant l’apparence extérieure dont fait partie le corps a pour conséquence le recours très important des femmes argentines à la chirurgie esthétique. En 2007 le territoire occupe la 3ème place mondiale, derrière le Brésil et les Etats-Unis quant au nombre d’interventions par habitant*. Ici la chirurgie plastique relève du même ressort que la psychanalyse: tout le monde y fait appel. A l’occasion par exemple de la grande fête réalisée en l’honneur des 15 ans d’une jouvencelle venant de famille aisée, cette dernière se verra la plupart du temps proposer comme choix de cadeau : un voyage à Disneyland ou le façonnage d’une nouvelle paire de seins. Comme le titrait un célèbre soap opera colombien : « Sin tetas no hay Paraíso » (Sans seins point de Paradis)*.

A l’inverse de l’Europe où les sexes se confondent pour mieux jouer avec les registres censés appartenir au genre opposé, le pays à la bannière ensoleillée maintient le grand écart. Un homme doit être fort, viril, il doit afficher un corps d’homme. Une femme doit être belle, féminine et arborer un corps de femme. Les différences corporelles sont très marquées et si on n’a pas le corps qu’il faut, la médecine se chargera de vous l’offrir. On reste dans un schéma binaire où chacun a une place bien définie.

L’importance attribuée au physique de ces demoiselles vaut peut-être également parce qu’on ne leur demande pas autre chose. En France un corps un peu ingrat sera « pardonné » car on attendra de la jeune fille d’autres qualités que simplement d’être agréable à la vue. « Sois belle et tais-toi » semble encore faire partie d’une certaine pensée argentine.

Enfin, si le machisme a encore la part belle dans le pays du tango, c’est peut-être parce qu’il n’a pas connu les deux guerres mondiales subies par le vieux continent qui durant l’absence des hommes au front a dû continuer à produire et vivre grâce aux femmes qui investirent dès lors, la sphère professionnelle et publique, s’émancipant de plus en plus pour donner naissance au mouvement féministe des années 60.

« On ne naît pas femme, on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin.»* disait Simone de Beauvoir. Reste à savoir quelle femme les Argentines ont envie de devenir.

 

Helix Bennington

 

* Originaire de Buenos Aires.

*http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/200901/06/01-680721-la-chirurgie-esthetique-nouvelle-attraction-en-argentine.php

* « Sin Tetas No Hay Paraíso » est une célèbre série télévisée colombienne, produite et diffusée par « Caracol TV ». L’histoire se base sur le roman éponyme écrit par Gustavo Bolivar.

* Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe 1, Gallimard. 1949, pages 285 et 286.

Article publié sur: http://tout-ca.com/2010/04/21/les-petites-histoires-du-machisme-argentin/

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La psychanalyse : chronique d'un amour partagé entre la France et l'Argentine

Publié le par Helix Bennington

La salle des dossiers de patients à l'Hôpital Général Bernardino Rivadavia. Pavillon de santé mentale pour adultes. Buenos Aires

La salle des dossiers de patients à l'Hôpital Général Bernardino Rivadavia. Pavillon de santé mentale pour adultes. Buenos Aires

Quel est le point commun entre la France et l’Argentine concernant notre santé mentale ?

Dans le pays du tango, du maté et des jolis garçons, Freud s’est frayé un chemin jusqu’à faire de l’Argentine la plus grande réserve de psys au monde avec un psychologue pour 649 âmes, selon l’Association de Psychanalyse d’Argentine. La majeure partie de ce petit monde se concentre d’ailleurs à Buenos Aires, forte de ses 30 000 psychologues et comptant un praticien pour 180 Porteños (habitants de la capitale)*.

Remplacée aujourd’hui de plus en plus par la psychologie comportementale et cognitive dans la plupart des nations, la psychanalyse résiste encore en France et en Argentine, devenues de ce fait les deux dernières terres d’asile du produit de la réflexion de saint Sigmund. C’est ainsi que pour une psychologue clinicienne d’orientation analytique, effectuer un stage ou travailler dans le pays le plus au sud du monde paraît non seulement tout naturel, mais plus encore : elle constitue LA destination idéale.

A Buenos Aires, la psychanalyse fait partie intégrante de la vie quotidienne. Les alentours de la Place Guëmes à Palermo ont par exemple été baptisés Villa Freud, du fait de la plus grande concentration de cabinets psys au mètre carré. En allant acheter son pain, en prenant le métro ou en prêtant attention tout simplement à la calligraphie placardée sur quelque lampadaire de la ville, on peut lire parmi d’autres petites annonces : « Besoin de parler ? Contactez la psychologue untel » ou « Problèmes de couple, infidélité, séparation, difficultés au travail, dépression…offrons thérapie de couple, thérapie de groupe, thérapie individuelle. Veuillez contacter Monsieur… ». Les mots actes manqués, lapsus, inconscient surgissent de la bouche de la voisine de pallier comme de celle du chauffeur de taxi. Ici tout le monde va voir un psy, et à la différence de la France où « se faire suivre » constitue presque un acte honteux du fait du tabou encore perceptible de soigner son psychisme, à Buenos Aires on le lance au détour d’une conversation, entre les nouvelles chaussures à la mode et le dernier concert en date de Charly Garcia*. Enfin en causant avec la gente locale, on s’aperçoit vite que chaque porteño a une sœur, une tante ou un ami psychologue…quand il ne l’est pas lui-même.

Cette facilité et ce naturel avec lequel les habitants de la ville portuaire « parlent psychanalyse » fait écho aux consultations psychologiques données à l’hôpital public. Je prendrai en exemple l’Hôpital Général Bernardino Rivadavia où j’ai travaillé. Lors des premiers entretiens que j’ai menés au sein du pavillon de psychiatrie, chargée de l’admission des nouveaux patients, j’ai été surprise de constater la rapidité et l’aisance que ces derniers avaient de parler à un psychologue, et ce malgré mon accent trahissant les origines gauloises. Sitôt le séant effleurant le siège, la plupart des patients déballe tout et sert ses problématiques sur un plateau d’argent. Il n’y a pas ce petit temps de malaise comme il l’existe en France, ce temps infime mais présent d’acclimatation à son interlocuteur avant d’exposer ce qui ne va pas au grand jour. La libre circulation de la parole fait ici partie de la culture et la concevoir comme un traitement paraît donc du plus naturel qui soit. Si l’on prend de plus en compte la longue attente avant de décrocher un rendez-vous à l’hôpital public (gratuit en Argentine), il n’y a pas de temps à perdre : une fois installé en face du psy : on parle !

Tous les hôpitaux publics de Buenos Aires ne se valent pas et l’hôpital Rivadavia souffre particulièrement de l’abandon financier du gouvernement de la ville (dirigé par Mauricio Macri). Les observations dictées dans ce papier n’engagent donc que mon expérience au sein de ce lieu de soins.

Tout d’abord, le patient venant consulter à l’hôpital public Rivadavia n’est pas un être pudique. En effet, les consultorios (endroits où se déroule la consultation, je rajouterai : lorsqu’on en trouve un de disponible) sont divisés en deux pour donner espace à deux entretiens. Notons que le mot « divisé » est ici théorique. Dans la pièce, deux tables sont séparées symboliquement par une cloison de quelques centimètres d’épaisseur n’atteignant pas le plafond, ce qui signifie que chaque mot prononcé par le patient et le psychologue du bureau d’à côté, sera entendu. Toutefois, le consultorio apparaît comme un lieu d’une intimité luxueuse si on le compare aux entretiens pouvant être menés dans certains autres endroits du pavillon de santé mentale, faute de locaux, comme la salle de classe où chaque psychologue et psychiatre reçoit son patient là où il peut. Il est d’ailleurs parfois étrange en pénétrant cette salle, de se retrouver ainsi face une multitude de « couples » thérapeutiques. Enfin lorsqu’on pense avoir tout vu du défaut d’intimité lors d’une consultation dans l’un des hôpitaux publics de Buenos Aires, surgissent encore d’autres surprises, et là, il me faut m’incliner devant l’exercice de la profession envers et contre tout, allant jusqu’à recevoir les patients dans les couloirs du pavillon.

Pour l’avoir expérimenté au cours de mes entretiens, il est possible d’aider un patient dans ces conditions, ce qui au final reste le plus important. Disons simplement que les conditions de travail ne sont pas du domaine de l’idéal pour accueillir correctement une personne en consultation et lui offrir l’intimité minimale davantage prise en compte dans le pays tricolore. Néanmoins, le manque de moyen financier et par conséquent le manque de moyen pratique, comme dans toutes situations, donne aussi vie au « système D » et ainsi à la création d’une clinique* dynamique et innovante cherchant par tous les moyens à s’adapter au patient.

Les deux nations sœurs partageant la même passion pour la psychanalyse ont une façon différente de concevoir cette science humaine et de la mettre en pratique, et ceci de par l’originalité de leur culture propre. Là où le cadre clinique revêt une importance très rigide en France : l’importance du vouvoiement suivi du patient, celle du lieu où se déroule l’entretien, la distance physique d’avec le Sujet, la distance dans les mots, le respect des horaires et du temps de la séance, les interrogations sans fin concernant l’acceptation ou la non-acceptation d’un cadeau venant d’un patient…l’Argentine donne le sentiment d’une plus grande souplesse et donc d’une plus grande inventivité dans la manière d’accompagner le demandeur de soins. Quand le thérapeute gaulois se comporte de façon ultra-formelle, son collègue argentin officie en tutoyant rapidement son patient (qui lui l’aura déjà tutoyé d’office), en lui faisant la bise pour le saluer, en acceptant la plupart du temps ses petits cadeaux symboliques sans avoir l’impression de commettre là un crime de lèse-majesté, en effectuant ses consultations dans des décors variables : un bureau, une salle de classe, un couloir, un parc même !…Tout simplement parce qu’il n’est pas possible de faire autrement, mais aussi parce que les Argentins ont peut-être cette capacité d’adaptation et cette décontraction légendaire les autorisant à jouer davantage avec les limites.

Il est envisageable de penser que cette aisance retrouvée chez les psychologues argentins dans leur pratique quotidienne, y compris chez les jeunes diplômés, découle en partie de leur formation post-universitaire. A la différence de la France où le frais clinicien se retrouve brutalement lâché chez mère nature après son MASTER professionnel, n’ayant d’autre choix s’il souhaite compléter sa formation que d’effectuer un DU (Diplôme Universitaire) généralement cher et sur 1 ou 2 ans ou un DOCTORAT, l’Argentine a crée le système de l’internat à l’attention des psychologues. Comme pour les médecins français passant le concours de l’internat afin de se spécialiser chacun dans une discipline, les diplômés argentins ont la possibilité de postuler à une place en Residencia ou en Concurrencia, ce qui leur permet de démarrer leur vie professionnelle tout en étant encadrés dans une structure hospitalière. Pour les plus chanceux, la Residencia leur octroiera un solde durant 4 années qu’ils réaliseront à temps plein. Pour la grande majorité d’entre eux ce seront 5 années sans solde (!) mais à temps partiel, passées au service de divers hôpitaux. Du fait de ce manque à gagner, il sera d’ailleurs commun de voir des personnes travailler dans des domaines radicalement différents de la psy, comme cette psychologue en même temps professeur d’anglais effectuant sa Concurrencia dans le service d’interconsultation de l’hôpital général Rivadavia. Dans les deux cas il est permis au jeune psy d’exercer sa profession tout en continuant à être suivi et cadré par ses supérieurs qui lui laisseront une liberté d’action dans sa pratique. Son statut de « psychologue débutant » le protégeant d’éventuelles erreurs, il peut donc davantage prendre confiance et laisser libre-court à la création de sa pâte personnelle qu’il choisira d’appliquer dans la rencontre avec son patient.

En fin de compte c’est du fait d’oser et d’essayer diverses techniques calquées sur les ressentis que l’on aura à tel moment avec tel patient, que naîtra véritablement le psychologue clinicien d’orientation analytique, que celui-ci soit français ou argentin et qu’il exerce sa profession en France ou en Argentine. Car avant tout, si les deux pays ont une manière différente d’aborder la psychanalyse, ils n’en partagent pas moins la même volonté de continuer à la faire vivre et le même amour.

 

Helix Bennington

 

*http://www.papierlibre.fr/argentina%20semana%204.swf

*Carlos Alberto García Moreno est un chanteur très populaire de rock argentin.

*Clinique : Tout ce qui a trait au contact entre le psychologue et son patient. Définition originelle : Qui a lieu auprès du lit des malades. Ex : Observation clinique. Leçons cliniques. Médecine clinique.

Article publié sur : http://tout-ca.com/2010/04/14/la-psychanalyse-chronique-d%E2%80%99un-amour-partage-entre-la-france-et-l%E2%80%99argentine/

 

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De l'art de trouver une colocation à Buenos Aires

Publié le par Helix Bennington

Les tours de Palermo à Buenos Aires

Les tours de Palermo à Buenos Aires

« Home sweet home ». Encore faut-il pouvoir le dire.

Buenos Aires est la nouvelle ville en vogue tant pour l’explosion du tourisme que pour les séjours de plus en plus nombreux, d’expatriés venus des quatre coins de la planète. Et elle le mérite. Des températures plus que clémentes la plus grande partie de l’année, une vie nocturne trépidante, une identité culturelle marquée par la forte immigration européenne, un dynamisme impulsé par une société où la moyenne d’âge est de 30 ans, un esthétisme édifique capable de combler l’étudiant d’architecture le plus maussade, un paradis pour psychanalystes en manque de soleil, une fabrique d’êtres tous plus beaux les uns que les autres grâce à l’usage généralisé de la chirurgie esthétique…Tout donne envie de pouvoir porter le titre neuf de « Porteño », comme le sont appelés les habitants de la capitale.

Cependant comme dans toute grande métropole, 3 quêtes demeurent toujours d’actualité pour la personne désireuse de se fondre dans sa nouvelle ville: la recherche d’un mec, d’un boulot ou d’un appartement et dans ce cas exposé plus précisément : d’un appartement en colocation. Pour connaître la pensée argentine, il n’y a pas de secret, il faut « consommer » argentin.

La recherche d’un appartement en colocation à Buenos Aires relève de l’enquête sociologique. Qu’est-ce tout d’abord qu’une colocation ? Dans le concept français, vivre « en coloc’ » implique souvent un loyer élevé que le fait de partager avec d’autres personnes permet d’adoucir. Elle peut également se présenter comme un choix de vie parce qu’on trouve cela plus sympathique que de vivre en solo. Il s’agit généralement d’arrangements entre locataires, le propriétaire de l’appartement vivant la plupart du temps hors des lieux.

A Buenos Aires, la colocation est conçue comme un business. C’est ainsi que j’entendis un soir, dans un bar du quartier de Congreso, un Argentin évoquer sa recherche de travail actuelle et son idée, afin de lui assurer une rentrée d’argent régulière, de louer une chambre au sein de son propre appartement. Il n’est donc plus question ici de partager un loyer à des fins de soulagement financier, mais de proposer un service avec l’objectif d’en retirer un bénéfice chiffré.

La dévaluation du Peso argentin par le Peroniste Eduardo Duhalde en 2002, face au Dollar et encore plus à l’Euro, offre aux porteños l’image d’un Yankee ou d’un Européen aux poches débordantes de billets. Craigslist qui est un site internet pour étrangers, en est la parfaite illustration. On y trouve des annonces proposant une chambre dans un appartement en colocation à des prix flirtant avec les 500 Dollars, quand sur Compartodepto (un site de partages d’appartements pour locaux) le loyer ne s’en élèvera qu’à la moitié. Certaines annonces visibles sur Craigslist listent les services proposés par la personne cherchant un colocataire : « serviettes et draps inclus, ménage réalisé deux fois par semaine, téléphonie gratuite pour les appels locaux, wifi, téléviseur…» comme s’il s’agissait d’un hôtel. Le colocataire devient un « client » à qui on propose un service moyennant finance. De ce fait, il est commun de loger dans le même appartement que le propriétaire…ce qui n’est pas forcément de la meilleure idée.

A travers une recherche de colocation à Buenos Aires, il est possible de tracer un parallèle avec le rapport que les argentins entretiennent vis à vis de la sexualité. Le thème des visites est devenu l’une de mes questions de base lorsque j’ai compris que leur admission était loin de forger une évidence. Par « visites », j’entends : inviter une amie à prendre le thé, comme inviter Jojo à faire un câlin. Tout d’abord il y a des quantités d’appartements où les visites ne sont pas permises et cette réglementation est parfois le produit de la pensée de jeunes femmes de 25 ans venant de milieu social favorisé, étudiant à l’université…Il me vient à l’esprit le souvenir d’une potentielle colocataire m’ayant dit qu’il était possible de faire venir une amie à condition qu’elle puisse auparavant la connaître. Soit : un entretien avant d’avoir le droit de boire un verre avec une copine. Il y a aussi les lieux où les visites sont acceptées…sauf si l’être humain possède un pénis.

Ces tas de refus face aux visites écoutés lors d’appels téléphoniques avant de me déplacer pour découvrir l’appartement, font écho aux chambres à partager d’où par définition toute intimité est exclue y comprit si l’on souhaite passer « un moment avec soi-même » et à la quantité de lits simples proposés que j’ai pu voir durant mes pérégrinations. Au-delà du manque de place ou du manque de moyens, plane cette impression d’infantilisation et de vision du « client colocataire» comme un être dénué de sexualité, ou pouvant en avoir une mais de préférence cachée dans quelque hôtel bon marché prévus à cette encontre et assez répandus dans la ville.

Pour une Française habituée au cadre social très formel et pesant de cette vieille dame qu’est la France et à ses limites bien définies virant parfois à la psychorigidité, l’Argentine donne le sentiment d’un pays adolescent avec des contours beaucoup plus flous et donc une liberté d’action beaucoup plus grande. Elle dégage une vitalité, une fraîcheur et un dynamisme plus imposant que dans le pays tricolore. Cependant, au milieu de tout ce joyeux désordre fascinant qui manque à la France, demeure ce noyau d’apparence très dure concernant le vécu de la sexualité où les restes d’une religion catholique encore prégnante associée au machisme argentin offrent toujours la triste image surannée de la mère ou de la putain. Le fantasme de la jeune fille vierge sensée passer ses journées à ne faire qu’étudier, opposé à celui de la diablesse tentatrice au sexe dévoreur ramenant chez-elle le premier homme débusqué dans la rue. Le juste milieu portant le nom de : Femme.

Chercher une colocation implique la prise en compte de ces paramètres car la sexualité, là où elle semble niée ou non-désirée chez l’autre, fait pourtant partie de la vie. Et de l’opinion d’autrui sur ce thème, découlera un aperçu de son ouverture d’esprit et donc de l’entente possible entre personnes à priori inconnues.

Il n’y a pas de colocation idéale. Cependant, une mixité sexuelle lorsqu’on partage une résidence peut être une bonne idée. Les garçons, eux, ne se priveront pas de ramener des filles et tolèrent donc généralement beaucoup plus l’idée que leur colocataire ait aussi une vie « sous l’équateur ». Attention cependant à la colocation avec un seul homme que l’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam et qui prétendra dormir dans le salon. Garde également à la joliesse du mâle qui peut rendre plus compliqué un quotidien à deux. Car si l’on se retrouve à sortir avec Jojo, c’est la vie de couple directe que l’on va connaître! Autant en être conscient avant de céder à ses charmes.

Rechercher une colocation à Buenos Aires permet aussi de se rendre compte de l’atmosphère régnant dans la ville, reflet de la réalité sociale du pays. Le mot sécurité apparaît de manière répétitive dans les annonces concernant les partages d’appartement sur le net. En effectuant une visite dans le quartier chic de Caballito, j’ai le souvenir d’avoir eu l’impression de pénétrer une forteresse. L’entrée de l’immeuble, semblable au hall d’un hôtel de luxe était immense et impressionnante. Elle était gardée par une personne chargée de la sécurité à qui je dus mentionner le nom, le prénom de la personne que je souhaitais voir, l’étage, l’appartement où je me rendais et pour finir les motifs de ma visite. Une fois là-haut, les grilles que la propriétaire avait faites plaquer sur chaque fenêtre, donnaient la sensation de se retrouver prisonnier au sein de sa propre maison et confinaient au final, au ridicule. La grande majorité de la prohibition des visites prend pour justification officielle cette thématique sécuritaire au sein de la capitale. Problème martelé par les médias et par le gouvernement actuel (présidé par Cristina Kirchner) dans le but de détourner l’attention du vrai problème, dénommé: Pauvreté. En 2005, 26,2 % de la population urbaine argentine habite dans des bidonvilles*.

Dénicher la perle rare suppose enfin de visiter quantité d’endroits parfois étranges, comme ces pièces sans fenêtre appelées en France : «débarras », proposées ici comme chambre, ou ces carrés sordides d’où l’on s’attend à voir surgir Princesse Sarah*. A l’inverse il y a ces appartements pour riches où l’on payera très cher une chambre avec en guise de lit, un simple matelas jeté sur le sol. Je noterai également le concept «d’appartement indépendant» (avec entrée séparée) qu’une grand-mère francophile me proposa. C’est à cet instant que je me rendis compte, dans ce pourtant mignon petit studio, que le concept de colocation impliquait aussi pour moi de partager des moments avec d’autres gens, denrée permettant de bien vivre une expatriation pas simple tous les jours. Les liens revêtent une importance double lorsqu’on vit loin de son pays.

Trouver une colocation à Buenos Aires située dans un quartier que l’on aime (généralement la zone nord), à un prix correct (ne dépassant pas les 1300 Pesos soit 250 Euros) avec wifi, visites permises et de préférence un ou des colocataires avec qui le feeling semble passer, n’est donc pas une mince affaire. Cependant en cherchant activement, c’est-à-dire en répondant aux annonces intéressantes (Craigslist, Compartodepto, Mundoanuncio…) par mail, en appelant (plus rapide) les «bailleurs» ou tout simplement en posant sa propre annonce de recherche de colocation sur les sites énoncés, il est possible de dégoter le lieu où vous pourrez enfin, passé le pas de la porte, penser : « Home sweet home ».

 

Helix Bennington

 

* Princesse Sarah : est un dessin-animé japonais crée en 1985 par Ryūzō Nakanishi, d’après le roman A Little Princess de Frances Hodgson Burnett. Sarah est une petite servante brimée vivant misérablement dans l’Angleterre du XIXème siècle.

* http://www.statistiques-mondiales.com/index.html

www.buenosaires.es.craigslist.org/

www.compartodepto.com

www.mundoanuncio.com.ar

Article publié sur: http://tout-ca.com/2010/04/07/de-l%E2%80%99art-de-trouver-une-colocation-a-buenos-aires-3/

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