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"La beauté est dans les yeux de celui qui regarde"

Publié le par Helix Bennington

Titre: citation d'Oscar Wilde

Titre: citation d'Oscar Wilde

- Il n’écoutait pas ce qu’elle disait. Chaque question qu’il posait lui était en réalité prétexte à parcourir les traits réguliers de ce qu’il considérait comme le beau visage d’Helix. La peau était lisse, veloutée, teintée d’un joli rose frais sur les pommettes. Ses yeux dont l’iris avait été trempé dans du caramel chaud, brillaient comme deux petites agates dans leur écrin à courbe amandine. Elle avait dans le regard l'audace des volontaires et la douceur des tendres. Le nez était parfait, petit, droit et légèrement retroussé, ce qui ajoutait au charme de la jeune créature. La bouche elle, frôlait l’indécence. Grenadine, sensuelle, malicieuse, sans que la propriétaire semble bien le réaliser. Le sourire gêné d’Helix découvrait des dents rangées en ordre militaire tandis que Jan s'attardait sur les commissures de ses lèvres qui lui causaient des palpitations chaque fois qu'elle souriait. Elle sentait la vanille et quelquefois le monoï. Il lui suffisait d'humer l'air pour deviner sa présence alentour.

Et ses cheveux…ses cheveux. La seule en classe qui eût la crinière bleue. Et bien que cet azur fût sur la fin de sa vie, il accentuait la singularité de la frêle jouvencelle. Helix et son bonnet noir customisé, Helix et ses collants zébrés d’arcs en ciel, Helix et ses oreilles percées à des endroits dont elle seule connaissait le nom scientifique. Helix et ses bras lactés sur lesquels elle écrivait des textes entiers. Helix et ses origines lui autorisant l’accès sans accent et avec une aisance déconcertante, de l’anglais au français. Helix et ses cils réglisse lui touchant le front. Helix et ses fossettes qui produisaient en Jan une excitation telle qu’il lui en naissait une érection chaque fois qu’il parvenait à les imprimer sur les joues de cette icône particulière. Helix et son rire franc, impétueux, spontané. Son décolleté modeste d’où il imaginait sans peine pourtant la chaleur d'entre les collines riantes et moelleuses.

Le pauvre Germain n’en dormait plus, n’en mangeait plus. Tétanisé chaque fois qu’elle pénétrait son champ de vision, il l’aurait baisée sur place en même temps qu’il l’aurait protégée du monde en l’enveloppant dans ses bras. Avec lui cette fleur si distincte des autres, si spéciale, si fragile, n’aurait plus rien eu à craindre de la vie. Tout le fascinait chez Helix. Il admirait sa manière de s’affirmer, de provoquer, de défier le genre humain par son apparence, son attitude, ses idées, son verbe. On ne pouvait pas ne pas la voir, elle explosait dans la classe, hurlait silencieusement sa différence. C’est précisément cette différence qui la rendait pour Jan, si intéressante. -

Helix Bennington

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Attention sujet glamour : C’est quoi une dépression ?

Publié le par Helix Bennington

Toile: "La dépression"

Toile: "La dépression"

Bon, alors déjà il nous faut distinguer deux types de dépressions. Il y a celle de ma copine Lili : « Non choupi, je ne vous rejoins pas au « Fuck me bar » ce soir, je suis en pleine dépression, je ne rentre plus dans mon jean slim taille 36 ». Et qui le lendemain me propose d’aller siroter un mojito en terrasse afin de m’exposer sa nouvelle petite jupe en tulle strassé rose pastel et surtout me décrire de façon ultra détaillée, sa dernière acquisition : un jeune mâle suédois au poil brillant et soyeux.   

Dans une autre catégorie concourent les personnes qui dépriment quelques semaines MAIS qui remontent la pente à la vitesse du coureur cycliste Lance Armstrong, les amphétamines en moins. C’est d’ailleurs ici que l’on réalise la révoltante inégalité entre humanoïdes face à la douleur psychique…Et oui ma p’tite dame ! Certains vont rebondir comme les petites balles pailletées en caoutchouc de notre enfance : « Il m’a quittée après 10 ans de vie commune du jour au lendemain pour une jeune mannequin de 10 ans de moins. Mais ça va mieux maintenant. C’est digéré : 15 jours se sont déjà écoulés tout de même »…Personnellement ce sont ceux que je déteste le plus. 

Et il y a LA Dépression. Tadaaaa ! La vraie, la grande, la star ! Celle qui à l’inverse de ces petits cons individus qui s’en remettent après seulement quelques semaines, nous propulse comme une grosse louche de purée Mousline sur le parquet. Une petite maladie jolie comme tout avec une interlocutrice toujours présente : une sexy lady plutôt svelte puisque uniquement en os cliquetants, enroulée dans une robe fourreau à large capuche noire, s’adonnant sensuellement au pole dance avec une grande faux. J’ai déjà vue ça quelque part…Celle qui permet de réaliser que lorsqu’on vous dit que « l’eau est le principal constituant du corps humain », ce ne sont pas des conneries. La surprise étant de constater que même après avoir sangloté 6 jours et demi sur 7, chaque semaine pendant 6 mois minimum, l’organisme n’est toujours pas déshydraté (la nature fait décidément merveilleusement bien les choses).

Sachez-le également mes enfants : l’un des plus grands bonheurs de dame Dépression est de vous faire peur. Diantre quelle petite malicieuse ! On commence à avoir la frousse des gens, du monde, de soi, de l’avenir. Les sorties se raréfient étant donné que l’unique fait de se représenter le temps nécessaire pour enfiler un pantalon (car le dépressif quand il ne travaille pas est vêtu constamment de ses vêtements de nuit, et généralement il ne s’agit pas d’une nuisette chantant « viens par ici toi » ou d’un slip en skaï torride mais bien plutôt d’un tee-shirt géant Snoopy) nous éreinte. Du coup comme on voit de moins en moins de gens, forcément débute une période où l’on n’entend plus beaucoup le son de sa propre voix. La libido s’est faite la malle avec l’espoir et ils vivent désormais ensemble en coloc’. C’est une période où l’on n’a envie de rien (même plus de chocolat !), ne ressent plus de plaisir dans aucune activité (même avec le choupinou vibromasseur Rabbit de la série « Sex and the City ». Et pourtant hein…Bon…Oui…Bref. Là n’est pas la question !). L’estime de soi peut être comparée à une colique de moustique (ou de puce). On baigne dans un magma incessant de pensées aux teintes chatoyantes oscillant entre le gris anthracite et le noir corbeau, s’occupant à répertorier, alors qu’on a la tête enfouie sous la couette un samedi trempé de soleil, les moyens classiques ou plus originaux de « mourir de son vivant ». Ca hurle à l’intérieur et pourtant on est vide. C'est ça faire une dépression. Ah ça rigole moins maintenant ! 

Quantité de traitements sont proposés dans la cure de ce bien mignon mal. Pour ma part, étant d’obédience freudienne (Ave Freud), j’optai tout d’abord pour une psychothérapie d’orientation analytique qui dura…(Je compte)…8 ans. Dont 2 ans à m’exprimer en espagnol à Buenos Aires : la cité abritant le taux le plus élevé en termes de concentration de psys au mètre carré de toute la galaxie! Puis les finances se faisant de plus en plus fluettes et étant surtout parvenue à un stade où je ne songeais plus qu’à la méthode concrète la plus efficace pour me désabonner de ma vie, je décidai de passer la seconde et de flirter pendant un temps avec…Tadaaaa ! : les antidépresseurs ! Enfin un sujet glamour, vous dites-vous!

On ne vous explique généralement pas clairement ce qu’est censé engendrer en vous comme mouvement neuf, la prise d’antidépresseurs. Il y en a tellement faut-il dire. Lequel choisir ? Cela, il en est l’affaire du médecin qui selon votre profil et votre degré de volonté de trépasser, vous prescrira telle ou telle molécule, dont les bras ici bas vous retiendront encore un peu. Dans la grande loterie du lobby pharmaceutique, j’étais tombée sur l’escitalopram. La dernière petite molécule à la mode en Argentine réputée pour agir dare-dare et légèrement. A la différence de la France assénant des traitements chimiques qu’un gros animal de foire seul pourrait supporter, l’Argentine médique à doses bambines. C’est ainsi que pour la première fois de mon existence, je me livrai à la science afin de me soulager du poids devenu insupportable de Madame la vie.

Qui n’a jamais goûté d’antidépresseurs ne connait point la souffrance psychique poussant un individu à sa prise, ni le soulagement que tel produit diffuse dans le corps et la psyché. Lorsqu’il est bien choisi et adapté, sans trop d’effets secondaires, la molécule offre une béquille permettant au Sujet de s’appuyer là où dans le réel, point de soutien moral ne lui a été accordé. Auparavant il demeurait sur place, paralysé par l’angoisse, les yeux grands et ronds, l’air inquiet, la pensée gelée, la poitrine dégotant avec peine l’oxygène vital, la mort omniprésente dans le cerveau et la peur siégeant en reine-mère sur le trône de sa matière grise.

Aujourd’hui le valétudinaire avance. Ses pupilles ne sont plus horrifiées par les images fuligineuses qu’elles reçoivent du monde. Il marche soutenu par sa drogue quotidienne. La détresse s’en serait presque envolée. La pensée coule de nouveau moins sombre, plus fluide. La faucheuse a été remerciée pour une durée indéterminée. Les poumons se gonflent comme dans les temps heureux. L’escitalopram crée en soi quelque chose de merveilleux et de jusque là inconnu pouvant être assimilé à de l’insensibilité face à la douleur morale. La souffrance ainsi amoindrie engendre des deuils qui nus de cette molécule, auraient plié le ventre et agenouillé l’esprit en attendant que pénitence se fasse. D’ailleurs les larmes ont cessé. Il est devenu physiquement presque impossible de pleurer (ou peut-être a-t-on finalement usé toute sa réserve lacrymale…Le mystère demeure). Le patient vierge d’antidépresseurs s’avance avec effroi vers un avenir qui lui semble ébène. Le convalescent prenant avec soin ses 10, 15, 20 mg d’escitalopram par jour s’avance vers un horizon qu’il s'imagine obscur mais avec moins de frayeur que de tristesse. Il pense que le lointain ne promet que choses grises mais il l’accepte mieux. La terreur devient appréhension. 

Il est à bénir toutes les drogues offrant à l’âme douceur et bercement, apaisement et chaleur. Toutefois idéalement, la chimie doit être accompagnée d'une thérapie verbale comme la psychothérapie et pour compléter ce cercle vertueux, d'un soin prenant en compte le corps (massages, reiki, yoga, méditation, relaxation, taï-chi, etc). Enfin accepter qu'on est triste, qu'on passe un cap délicat, qu'on s'effondre. Accepter qu'en ce moment même on est vide. Oui, voilà, ça arrive. On est pas Wonderwoman (qui d'ailleurs n'existe pas, devons-nous le rappeler?). On fait ce qu'on peut. Ainsi seulement peut-on recommencer à se remplir de quelques petites joliesses extérieures. L'humeur n'est jamais figée, jamais linéaire. Accepter ses courbes sinusoïdales, c'est accepter que l'on peut se retrouver sans force, mais reconnaître sa capacité à remonter à la surface. Les thérapies (chimiques, psychologiques, corporelles, etc) sont là pour nous aider à taper du pied au fond de la piscine mais également et surtout: à NAGER. Tout le monde peut remonter. Cependant il ne s'agit pas d'entreprendre l'ascension brutalement pour replonger la minute qui suit. La vie étant en mouvance constante, les gens, l'humeur, les ondes, les sentiments, peut-être pouvons nous penser que pour survivre et ne pas s'épuiser à faire ces allers-retours avec le fond de la piscine, il faut apprendre à nager. A surfer avec les éléments, jouer avec les vagues plutôt que de les subir. garder le corps souple afin d'être capable de s'adapter aux diverses situations/fluctuations que nous allons rencontrer. Apprendre à nager c'est aussi être capable de faire la planche, de faire de l'eau son alliée et de s'étaler sur le dos en elle, sur elle, pour pouvoir se reposer lorsqu'on se sent happé par le fond. 

La dépression, c'est comme un gros, gros bug synaptique accompagné d'un gros, gros bug dans le corps qui exprime lui aussi sa souffrance. Si on l'entend, si on l'accepte et si on accueille l'aide d'un tiers (une thérapie, l'eau, la parole, le psychologue...) en étant indulgent à notre égard et notre propre allié, alors on saura comme dans la série "Bref" de Kyan Khojandi réparer l'ascenceur qui gravira de nouveau les étages nous séparant de la pulsion de vie. 

Helix Bennington

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"Les Branleuses": le documentaire qui fait du bien aux femmes

Publié le par Helix Bennington

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Des effets du café et autres péripéties matinales

Publié le par Helix Bennington

Les Inconnus - Youpi Matin (Attention: l'Article est en dessous!)

Il n'y a pas de bon moment. Il n'y a pas d'instant parfait, de conditions idéales. J'aurais écrit sur n'importe quoi. Le bois de la table du bureau sur lequel trônent mes affaires d’assistante de français en Allemagne, le mur blanc de la tiède salle des professeurs, la boîte en carton remplie des fiches pastel destinées aux élèves de 6ème. N’importe quel support constituait un réceptacle potentiel à la subite giclée d’encre dont ma plume se vidait. Il n’y a pas de bon moment. C’est pour ça que ça a commencé.

Je me suis vue ce matin, déambuler dans les couloirs silencieux du Gymnasium (l’équivalent d’un bon lycée en France) comme une toxico en manque. Les yeux vermeils, la pensée confuse, la marche incertaine, le regard hagard. Je m’étais pourtant couchée à la limite du crépuscule (conception personnelle du temps) hier : 23h ! Toutefois, malgré neuf heures de sommeil j’étais quand même parvenue à me réveiller crevée et évidemment en retard (une de mes marques de fabrique qui si elle soulignait une insouciance candide du temps de mes fraîches années estudiantines, s’avérait constituer un gros handicap au sein du monde adulte).

En retard…Lorsque je pressens que les transports en commun ne se hisseront pas à la hauteur de mes espérances de téléportation, je fais le deuil d’un billet rose de dix Euros et me résous à courir jusqu’au territoire salvateur des taxis. Là, je hurle avec mon allemand trébuchant au chauffeur que je suis en retard et m’imagine dans le film "Taxi"1, cliente d’un conducteur qui juste pour mes beaux yeux rouges, va démarrer en trombe et brûler tous les feux sans le moindre accident pour me déposer complètement stone devant le palais lycéen. Je n’ai pas même eu le temps de coller mes lentilles de contact. Ma vision est en mode impressionniste. J’arrive deux minutes avant que le cours que j’assiste ne commence, tremblante, blafarde, pour finalement apprendre que mon exposé sur la Nouvelle-Calédonie est reporté à la semaine suivante. A la place de ma prestation, les regards bleus des têtes blondes jouiront d'une séance de cinéma. L’énorme téléviseur noir de jais trône face aux élèves de 11ème (comparable à une 1ère française). Mission : repérer puis expliquer les différentes expressions typiquement québécoises défilant dans un nanar canadien. Durant le visionnage, je ne peux m'empêcher de prêter attention aux mots doux que Morphée me susurre dans le creux de l’oreille afin de m’attirer jusqu’à lui. Je rêve de plonger ma tête dans mes bras devenus mous, de m’affaler sur mon énorme dossier d’où dépassent ça et là quelques photographies de cocotiers surplombant un sable aux tonalités diaphanes et une mer turquoise.

Après ces deux heures passées à repousser les avances de ce charmant Don Juan de Morphée, le son de la cloche retentissante m’injecte d’un coup suffisamment de bonheur dans le cerveau pour m’enfuir de cette classe ensorcelée d’ondes assoupissantes et regagner avec mon collègue, la sacro-sainte chapelle salle des enseignants (une sorte de club très privé et très select d’où les êtres inférieurs surnommés vulgairement : « collégiens » ou « lycéens » sont exclus). A l’entrée de cette large pièce, a été aménagée une petite cuisine où siègent en permanence et en évidence trois cafetières ayant pour objectif de réveiller les esprits embrumés. Etat d’alerte, cas d’urgence ! J’ai encore quatre heures à tenir durant cette journée. La grosse Gertraud occupe tout l’espace devant les précieux objets. J’entame une respiration par le ventre afin d’éviter d’assassiner sur le champ cette connasse, cette truie, cette dame. Puis la lumière fut. La hanche droite de Gertraud décrivit un arc de cercle d’une valeur de AB3+BC2. Je me faufile alors entre deux bourrelets et me jette sur l’un des récipients comme une lionne sur une antilope, renversant au passage lait, sucrettes, biscuits. J’ingurgite trois grosses tasses d’affilé que j’avale cul sec. L’amertume du liquide est immonde. Qu’importe. J’attends les effets. J’attends. J’attends. Qu’est-ce que c’est long ! Ah !...Ca y est, le contact avec l’hémoglobine s’est opéré. Je commence à présent à ressentir un certain plaisir à écouter les palpitations de mon corps au beau milieu de l’antre des savants.

Ca ne me réveille pas, ça m’excite. Je passe de la torpeur végétative au pic maniaque2Mon pied droit se met à battre l’air. Ma mâchoire se crispe derrière mes lèvres serrées. Mes organes miaulent dans leurs abysses et tout le défi consiste à paraître détendue quand tout se tord à l’intérieur. Le café accentue la liste des possibles imaginaires et accélère le mouvement de chaque parcelle de ma pensée. Il me donne envie de gifler ma consœur en pleine discussion placée trop près de moi, de mordre dans la première matière comestible à portée de main et de m’empaler sur l'excroissance phallique d’un de ces jeunes bipèdes allemands en exercice aujourd’hui. Il donne envie de cracher hors de soi, d’éjaculer par la plume tous les mots qui se bousculent là-haut, tout cela dans la mélodie de la langue de Goethe que l’ébène liqueur rend belle. C’est comme brûler de l’intérieur sans que les autres n’en soupçonnent rien. Il me donne envie de vomir et de courir en même temps. Il saccade ma main sur la lisseur du papier, comme les mouvements de ma tête. Il me fait connaître une envie puissante et soudaine de quelque chose d’autre que j’ignore.

La sonnerie vient de retentir. Combien de temps s’est-il écoulé ?

Non, il n'y a pas de bon moment pour écrire. 

 

Helix Bennington

1 "Taxi" est un film français réalisé en 1998 par Gérard Pirès. Ce taxi se distingue des autres car il roule excessivement vite sur les routes.

2 Un épisode maniaque est caractérisé par une modification de l’humeur et la survenue de certains symptômes comme une excitation, une exaltation, une euphorie, de l’activité sans repos, de l’agitation improductive, une diminution de la pudeur, une accélération de la pensée, un besoin important de parler, une assurance excessive, une réduction du besoin de dormir, un sentiment altruiste, une hypersensibilité affective, une labilité émotionnelle, parfois la négligence de l'alimentation ou de l'hygiène, etc. 

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Paris, je t'aime

Publié le par Helix Bennington

Partout où je promène mon regard, la ville est un enchantement. Au détour d’une rue, au coin d’une boutique, jaillit sa beauté. Omniprésente. Indécente. Lumineuse. A la fois gamine déjantée et dame du monde à l’élégance parfaite, elle porte sur le visage la grâce de l’amour que je ressens pour elle. Paris est mon double. Elle est un enfant fou.   Helix Bennington

Partout où je promène mon regard, la ville est un enchantement. Au détour d’une rue, au coin d’une boutique, jaillit sa beauté. Omniprésente. Indécente. Lumineuse. A la fois gamine déjantée et dame du monde à l’élégance parfaite, elle porte sur le visage la grâce de l’amour que je ressens pour elle. Paris est mon double. Elle est un enfant fou. Helix Bennington

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Pour planer pendant que j'écris mon prochain article

Publié le par Helix Bennington

Vous avez vu "The Social Network" de David Fincher? Mais si! La création du plus célèbre réseau social par un étudiant bourré de Harvard! Bon, alors ce remix du très célèbre morceau « In the hall of the Mountain King » de Edvard Grieg réorchestrée avec brio, devrait vous rappeler une des scènes sympas du film. Enjoy! Helix Bennington

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Qu'est-ce qu'une salope ?

Publié le par Helix Bennington

Photo de Helmut Newton

Photo de Helmut Newton

A mon cousin F.

Toi qui es en train de lire ces lignes, quelle est ta première pensée lorsqu’on te soumet l’idée de l’exquis mot de « salope »? Qu’est-ce qu’exactement une « salope »?

Si l’on effectue un sondage dans la rue, il est probable que plus de 95% des personnes interrogées répondent que leur première association avec le terme de « salope » tient à voir avec : une femme couchant avec beaucoup de partenaires. J’ai choisi le beau grand mot de « salope » quand je pourrais tout autant vous proposez celui de « fille facile », de « nymphomane », de « putain » ou encore de « pute » quoiqu’il nous faille éclaircir la signification de ces termes derniers. Une « putain » ou par dérivé une « pute » sont des mots nés pour désigner une prostituée, c'est-à-dire une femme proposant son corps en échange d’argent. Une « salope » est-elle donc une pute ? Non. Elle ne vend pas son corps. Piste erronée. Cherchons ailleurs.

Ces cinq mots ont en commun d’être balancés à/sur la personne du beau sexe, teintés d’une connotation dépréciative voire méprisante. Et si l’on interroge ces dames, pourtant elles-mêmes directement visées par ces vocables, quant à leur sens, il est également probable que le même pourcentage propose une définition semblable à celle de son homologue masculin. Parmi ces femmes qui répondront, l’on retrouvera tant la bourgeoise que la femelle de classe populaire, la vieillarde que l’adolescente, la pratiquante que l’athée. Nous pouvons supposer que « salope » est donc un mot dont la signification se partage relativement équitablement entre gente à l'entrejambe protubérante et poitrines heureuses.   

Dans « salope », il y a « sale ». Vision d’une créature négligée, perdue, déshonorée, salie, devenue récipient récupérateur de la semence masculine et par synecdoque, se mouvant elle-même en déchet. La « salope » peut aussi désigner une femme vêtue de façon à attirer le regard des hommes sur son corps. Pour ce fait, le terme de « putain » ou de « pute » se voit usé par nombre de personnes, tout sexe confondu.

Mais revenons à notre première hypothèse : la « salope » serait selon les croyances populaires les plus ancrées dans notre Inconscient, une femme jouissant de nombreux "compagnons de jeux". Or il me semble que sur ce chemin de pensée, le terme même de « jouissant » ayant trait à la jouissance féminine, peuple précisément le cœur du problème. 

Je prendrai pour exemple celui d’un proche, un cousin exactement qui, durant une conversation abordant l’adolescence future de sa nièce, déclarait à son frère (père de sa nièce) que sa fille coucherait avec des garçons et que « si ça se trouve, elle aimera ça ». Ces mots sortis d’une bouche pourtant à minima éduquée, gagnant très bien sa vie, issue de la classe sociale moyenne haute, me firent longtemps réfléchir. « Et si ça se trouve, elle aimera ça ». Curieusement cette phrase n’était point destinée à honorer mon autre cousin mais plutôt à l’offenser, ce qu’elle réussit par ailleurs fort bien. Autrement dit, cette fillette allant se métamorphoser en adolescente puis en adulte ne devait pas « aimer ça ». Le contraire reviendrait à la « salope » qui elle « aime ça ».

Songeant de nouveau à ces personnages, la compagne de ce même cousin me dit une fois que les demoiselles étaient divisées en deux catégories : « Il y a les femmes qu’on baise et les femmes qu’on épouse ». Elle m’avait sans m’en demander mon avis, rangée dans la seconde catégorie, ce qui suscita chez moi une grande colère, car je désirais être baisée autant que prétendre à être l’une de ces jeunes sottes à laquelle on demande la main lors d’un moment niaisement romantique. « Il y a les femmes qu’on baise ». Pourrait-on associer cette phrase avec : « il y a les femmes qui aiment ça » ? Ce « ça », ce « ça » dont les gens parlent à voix basse parce qu’ils ne l’assument pas. En psychanalyse, le « Ca » selon Freud représente schématiquement notre Inconscient et les pulsions animales dont fait partie le sexe que la civilisation, comme il le couche sur les pages de son ouvrage : Malaise dans la culture1, est parvenue à contrôler afin que le monde ne sombre dans le chaos ou une orgie gigantesque. La société est bâtie sur le refoulement de la pulsion. Nous la refoulons pour pouvoir vivre ensemble avec un minimum d’harmonie, c'est-à-dire sans s’entre-tuer ou se sauter dessus en plein jour. C’est ainsi que de ces pulsions refoulées apparut la politesse : le « bonjour », le « bonsoir », le « merci », le « au revoir », la monogamie et autres valeurs morales régissant les règles permettant à un groupe d’individus de pouvoir porter le noble titre de « Société ».

Le sexe est alors devenu quelque chose d’intime, de caché…et de sale, comme le montre la particule ornant le mélodieux nom de « salope ». Notons que l’Eglise se charge de considérer le sexe uniquement comme moyen servant la reproduction de l’espèce. Lors du mariage, la fiancée se meut pour l'homme en épouse ainsi qu’en partenaire génitrice de sa potentielle progéniture. La mère empiète sur la femme et ceci tant pour les enfants qu’inconsciemment ou tout à fait sciemment pour le mâle auquel elle s’est unie. Dans le manichéisme aimé de notre monde naquit ainsi la légende de la mère et de la « putain », aujourd’hui généralement remplacée par le joli terme de « salope ». La mère est respectable, respectée, considérée comme une matrice, un ventre, un objet décent à présenter aux autres. Elle peut être perçue comme « acquise », propriété, une femelle apprivoisée en quelques sortes.

La « salope » réside dans tout le reste. Elle est la tentatrice, la tentation, l’excitation de la pulsion sexuelle qu’il n’est pour une raison ou pour une autre avec elle, point possible de soulager. La « salope » est une femme « qu’on baise », si je reprends les paroles de ma belle-cousine et elle « aime ça , pour citer mon cousin.

En 1971 les « salopes » font aussi leur apparition dans le numéro 334 du magazine Le Nouvel Observateur2 et contaminent même les autres journaux français. Il s’agit d’une pétition signée par 343 femmes du monde des Arts et des lettres affirmant avoir eu recours à l’avortement, tandis que celui-ci n’était point encore légalisé. La divulgation d’une telle information les exposait à cette époque à des poursuites pénales pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement. On l’appelle alors : le manifeste des 343 salopes. En 1971, voilà entre autres choses ce qu’est une « salope ». Une femme sur laquelle on crache pour avoir eu le culot de se prétendre propriétaire de son corps. Il existe encore aujourd’hui multitude de pays où le corps n’appartient point à l’humain sinon à Dieu. Au Chili par exemple : l’avortement est strictement interdit même en cas de viol ou d’inceste car l’enfant est œuvre de Dieu. Le corps de la femme violée ne lui appartient pas. Il est la propriété de Dieu, point. Charmant.

On retrouve ici cette dichotomie entre la « salope » et la mère. Comme si une « salope » ne pouvait pas être une mère et inversement. Or, les « 343 salopes » luttaient dans ce manifeste pour une maternité choisie et donc pour une maternité heureuse tout comme elles luttaient pour le droit d’être une femme sans être mère. Ce clivage entre les termes, nous le retrouvons au sein même du nom de l’association née en 2003 Ni pute ni soumise3. « Ni salope ni soumise » pourrions-nous dire.

« Si ça se trouve, elle aimera ça »…Si je suis la pensée de ce cousin, une femme n’est donc pas sensée aimer le sexe. Lorsqu’on reprend une expression présente dans la tête de tous depuis la nuit des temps : « tu aimes ça, salope ? », nous pourrions tout aussi bien le traduire par : « tu aimes le sexe, femme ? ». Et…c’est ici que point mon sourire tandis que j’écris depuis un café de la petite ville d’Essen en Allemagne.

La « salope » est une femme qui aime le sexe. Mon dieu, heureusement ! Le sexe, quand il est bien fait, est source d’épanouissement. La femme qui n’aime pas le sexe a juste eu affaire à d’incapables amants. La sexualité n’est pas un « en plus ». Elle n’est pas une option. Elle fait partie intégrante de la vie et participe à l’édification d’une vie heureuse comme malheureuse. Une vie sans sexe de qualité, à moins de sublimer ses pulsions, c'est-à-dire de les transposer dans l’Art, dans le dévouement à un dieu ou à une cause quelconque, est une vie à laquelle il manque un ingrédient savoureux. Il y a des tas de raisons d’aimer le sexe. La « salope » est une femme qui aime jouir. Tout comme Jojo, la nymphette a des pulsions sexuelles et comme lui, elle s’empalerait sur un coin de porte en période de chaleur, si à ce moment elle se retrouve sans amant. La jouissance, cet « au-delà du principe de plaisir » comme l’avait compris Freud et le nomme Lacan, est affaire d’hommes comme de femmes.

Nous avons mentionné plus haut, qu’une « salope » était une femme qui collectionnait les amants, couchant « facilement » et avec tout le monde. Mais qu’est-ce que « coucher facilement » ? Cette notion de facilité ne se retrouve que du côté de la gente masculine. On parle de « filles faciles » comme on parle de « salope ». Pour qui est-ce facile et pour quoi ? Parle-t-on de "garçons faciles" ? La facilité renvoie à la notion de conquête. Or pourquoi les femmes seraient-elles étrangères à l’amour de la notion de conquête ? Pensons-nous réellement que dans notre contemporaine société de consommation, seuls les hommes choisissent, usent puis jettent tel ou tel modèle ? Depuis quand la conquête est-elle un concept réservé aux hommes ? Les femmes gagnant leur indépendance financière en travaillant, devenues maîtresses de leur propre corps grâce à la légalisation de la pilule en 1967, de l’avortement par la loi Veil en 1975, et la mise en vente de la pilule du lendemain en 1999, il serait curieux que 50% de la population française se déclare totalement désintéressé par la victoire amoureuse. Peut-être tout simplement qu’une « salope » est une femme qui assume ses désirs sexuels. 

Si la « salope » est une femme aimant le sexe, alors je suis une salope. Comme ma mère me l’avait dit à mon arrivée de vacances dans une ancienne colonie française : « je ne veux pas que les collègues de ton père disent : « ta fille, c’est une vraie salope » ». Lorsque je lui demandai si elle aurait dit la même chose à un fils, elle me répondit après un léger malaise : « ce n’est pas pareil ». 

Alors moi, salope de 30 ans, née des années 80, je dis qu’il y a encore du boulot pour considérer les femmes autrement que comme une mère ou une putain. La « salope » est une femme assumant sa sexualité. Juste une femme. Qu’on se le dise.

 

Helix Bennington

 

1 Sigmund Freud, Le malaise dans la culture, PUF, 2004. Le malaise dans la culture est un livre écrit par Sigmund Freud durant l'été 1929.

2 Le Manifeste des 343 est une pétition française parue le 5 avril 1971 dans le n° 334 du magazine Le Nouvel Observateur, signée par 343 femmes.

3 Ni Pute ni soumise (NPNS) est un mouvement féministe français, fondé en 2003 par Fadela Amara. Site internet: www.npns.fr. 

 

 

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Comment faites-vous Monsieur Burton ?

Publié le par Helix Bennington

"Les noces funèbres" de Tim Burton sorti en salles en 2005

"Les noces funèbres" de Tim Burton sorti en salles en 2005

" J'étais en train de faire un croquis, et, tout à coup, je me suis dis: peu importe que je sache dessiner ou pas. L'important c'est que j'aime ça. Dès cet instant, j'ai éprouvé un sentiment de liberté que je n'avais jamais connu auparavant. "

Tim BURTON

Cette phrase écrite et placardée sur l'un des murs de la Cinémathèque française de Paris en 2012, lors de l'exposition dédiée au réalisateur, scénariste et producteur américain Tim BURTON, suscita en moi un écho que je m'empressai de noter sur mon petit carnet. Car au fond ce que disait Monsieur Burton valait pour toutes choses, et dans ce toutes choses, il y avait l'écriture.

 

Helix Bennington

 

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Ça marche comment l'amour en Argentine ?

Publié le par Helix Bennington

L'amour dans le Jardin Japonais de Palermo à Buenos Aires

L'amour dans le Jardin Japonais de Palermo à Buenos Aires

Rencontrer un pays, c’est rencontrer sa culture, sa langue et ses habitants. On aura la sensation d’avoir pleinement vécu son histoire d’amour avec la terre d’accueil lorsqu’on s’y sera fait des amis, qu’on y aura étudié ou travaillé et que l’aisance prise avec l’idiome vous permettra devant une Quilmes* et en compagnie d’une bonne copine, d’exprimer votre colère après une dispute avec la coloc’, de conter la joie ressentie lors du dernier festival de jazz, d’épancher vos petits coups de blues ponctuels et surtout : de parler de Jojo en espagnol.

Lorsque vous parviendrez à piocher parmi la vaste palette émotionnelle de la vie en y décortiquant de façon subtile le sentiment juste, alors une étape dans votre vie d’expatrié sera franchie. Vous parlez désormais « argentin ». Et à ce titre, tout comme vos petites camarades porteñas*, vous serez désormais capable, les yeux dans le vague et la bouche en cœur, d’évoquer la dernière rencontre effectuée avec un bipède local qui vous paraîtra alors d’un exotisme torride.

Oui, vous êtes désormais l’une d’entre elles. Une de ces Argentines qui a ce sourire si particulier à l’abord d’un certain thème. En guise de baiser d’arrivée au pays à la bannière ensoleillée, vous avez imprimé vos lèvres sur la bouche d’un de ces autochtones charmants. Vous êtes dans la phase d’idéalisation de votre nouveau royaume et par conséquent pensez que tous ses sujets sont forcément des gens bien. Attendez cependant d’écoutez le discours impitoyable de vos amies portègnes sur leurs collègues mâles.

« Ici ce n’est pas comme en France » me dit un soir mon amie Florencia dans un des pubs de Recoleta. « On n’est pas ensemble comme ça. Ca prend beaucoup plus de temps ». Par « ensemble », il faut entendre en Argentine être « de novio » (à ne pas confondre avec être « fiancés » qui se dira: « ser comprometidos »). Pour elle, être « de novio » ne peut se déclarer qu’après un an de bons et loyaux services corporels et sentimentaux de la part des deux soupirants. La relation s’est installée et monsieur comme mademoiselle ont été réciproquement présentés aux membres de la belle-famille. C’est alors officiel : vous êtes avec Jojo !

Dubitative quant à la longueur du chemin à parcourir avant de pouvoir baptiser le lien entre deux créatures amourachées, simplement : « histoire », je voulus en savoir plus et récoltai une série d’informations confiées par des femmes argentines comme françaises vivant à Buenos Aires et ayant déjà goûté au délice de quelques mets locaux. Laurence, une jeune parisienne implantée désormais dans la capitale australe et « de novia » avec un Argentin m’explique : « ici les rencontres fonctionnent à l’américaine. C’est un système de « dates ». Les garçons vont avoir plusieurs dates en même temps à l’exacte image des filles qui batifoleront avec plusieurs galants. On essaye, on teste, on conte fleurette et plus avec le sexe opposé et quand se crée de l’amour entre deux personnes alors seulement on décide d’arrêter les rendez-vous avec ses autres prétendants pour se concentrer sur la relation naissante. Cela permet de se connaître avant de formaliser le lien et c’est moins pesant qu’en France où sitôt les lèvres posées sur leurs semblables, on portera le titre de « copain » ou « copine » ». A l’exemple de ses voisins brésiliens et chiliens, l’amant argentin portera plusieurs titres marquant chacun une étape ascendante avant de devenir officiellement: le « novio ». C’est ainsi que même si vous sortez depuis 3 mois avec Jojo et que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes, lorsque vous parlerez de lui comme de votre « novio », les gens ouvriront des yeux gros comme des calots en vous reprenant : « tu veux parlez de ton «chico?»». Dans le pays tricolore, la graduation est bien moindre et on se contentera d’employer l’unique et simple mot de « copain ». La notion de temps dans le domaine amoureux apparaît clairement distincte d’un côté et de l’autre de l’Atlantique.

Un terme fort répandu en Argentine est celui : d’« hystérie » et ici, tout être vivant est hystérique. Ce vocable originellement introduit par Freud se traduit sur ce bout de terre latine par un enthousiasme surprenant, un engouement étonnant et prématuré, un déferlement de paroles caressantes, de preuves d’affection rapides, une effusion de sentiments et de paroles flatteuses qui feront l’extase de la petite Française fraîchement débarquée, habituée à plus de distance et de retenue (de subtilité sans doute) de la part de ses congénères francophones.

C’est après que le tableau se ternit.

Trois jours à peine après que vous lui ayez tapé dans l’œil, monsieur vous parle comme si vous alliez passer le reste de vos jours ensembles, à tel point que vous vous faites quelques frayeurs à la pensée d’une histoire démarrant plutôt expressément. Ne vous inquiétez pas, la fièvre ne durera pas. Le lendemain, à l’image d’un exquis soufflet au fromage sorti du four, les paroles à la Comedia del Arte italienne retombent bêtement pour laisser place à un espace vide. C’est le néant après l’abondance. Si le courtisan vous lance à la fin d’une soirée délicieuse: « on se voit jeudi? Car demain j’ai poney, mardi mes cours du soir de kendo, mercredi ma grand-mère qui sort de clinique… », dans les faits, plus de nouvelles. A moins que l’on considère comme telles, le coup de fil téléphonique deux semaines plus tard demandant d’une voix virginale : « alors ? On se voit quand ? »

Nos amis les Argentins s’enflamment vite, mais force est de constater que rien ne suit concrètement derrière. Lorsqu’on est habituée à une certaine codification de la parade amoureuse, il est très déstabilisant de se retrouver confrontée à une indifférence totale après une avalanche de mots « enguimauvés ». C’est d’ailleurs généralement à ce moment que la candide idéalisation post-immigration laisse place au discours inverse : « tous des cons ! ». En réalité, il s’agit simplement d’un mode de fonctionnement distinct et d’un jeu dont on acceptera les règles…ou pas.

Il existe des aventures et des « one night stand » dans le monde entier. Jusqu’ici tout va bien. Cependant ce qui persiste à m’interroger sur le fonctionnement de la gente masculine locale, c’est pourquoi consacrer tant d’efforts à la création d’un verbiage mielleux détenteur au final d’une signifiance proche du néant ? Les Argentins manquent-ils donc tant de confiance en eux qu’ils ne parviennent pas à assumer l’expression du souhait d’une simple aventure ? Les Argentines ont-elles besoin d’un spectacle avant de câliner ? En pays gaulois le désir d’une liaison passagère sera davantage assumé. Il sera généralement clair assez rapidement, parfois même verbalisé et les deux partenaires joueront ainsi à égalité. Points de fioritures inutiles dans l’approche de la femelle, le jeu adopte un angle plus franc.

On notera une autre dimension dans le rapport homme-femme en Argentine intrinsèquement liée au machisme. Mon amie porteña Florencia me racontait un jour, déçue, que durant son séjour de quelques mois à Paris, un Français l’avait invitée à sortir plusieurs fois sans que rien ne se passe. Reconnaissant là une marque d’intérêt du pauvre éphèbe sans doute intimidé par la beauté chaude et piquante de la demoiselle, je lui demandai pourquoi elle n’avait rien voulu tenter. C’est alors qu’elle me répondit choquée: « C’était à lui de faire le premier pas ! Je suis la femme, c’est lui l’homme ! ». Dans la séduction à l’argentine, garçons et filles restent cantonnés à des places bien définies qu’il sera socialement mal interprété de ne pas respecter. On retrouve ce schéma d’un archaïsme désolant n’envisageant qu’un mâle actif et une femelle passive. Le beau sexe argentin se laisse conquérir et se garde bien d’empiéter sur les plates-bandes de son congénère.

De la même façon, la construction de la relation se base avant tout sur le désir masculin: « Surtout, ne le rappelle pas! Ici, moins on les embête, mieux c’est. Quand il te rappellera, décroche et fais comme si tu étais totalement désintéressée. ». Monsieur ne souhaite vous voir qu’une fois par semaine? Vous êtes sensée accepter de ne le rencontrer qu’une fois par semaine. A l’image d’un couple dansant le tango, les pas de la nymphe se calquent sur ceux du « sexe fort » et jamais l’inverse. L’infidélité masculine a quant à elle ouvertement pignon sur rue. Grandement tolérée par les femmes, elle s’affiche au grand jour du fait des « besoins » (évidemment) irrépressibles de ces messieurs.

L’image véhiculée par le mâle argentin n’est pas particulièrement plaisante. A tel point que lassée de ces jeux de séduction entièrement basés sur le désir de Monseigneur le conquistador, je m’essayai pour ma part au flirt allemand de passage à Buenos Aires. Si « les berlinois flirtent subtilement » ainsi que le chante le groupe germanique Wir Sind Helden, le degré élevé de subtilité est à l’inverse parfois déstabilisant : vous pourrez jouer vingt longues minutes avec vos clefs sur le seuil de votre garçonnière après une nuit entière à n’avoir fait que bavarder avec Jojo, il ne se passera rien. Ce qui vous fera d’ailleurs méditer plusieurs heures durant sur les objectifs exacts du jouvenceau. A la seconde expérience similaire vous ordonnerez toutefois au prussien sur le point (encore une fois !) de vous saluer poliment, vous laissant vous et votre libido sur le pas de la porte, de réintégrer la bataille et ce sera Vous : femme assumant ses désirs, qui prendrez l’initiative de lui faire goûter à votre talent artistique unique pour le french kiss.

La première impression ne signifie rien. Vous pourrez vous émerveiller de la chaleur latine et des attentions de certains Porteños à votre égard, vous risquerez d’être surprise par une suite ne satisfaisant pas vos espérances de love story « à la française » quand, à l’opposé, au-delà de la distance et de la froideur germanique réelle, sans fioriture de mots pour vous présenter comme la Venus de Milo, vous pourriez bien être attendrie par la lueur d’une romance naissante simple, romantique et surtout…plus authentique.

 

Helix Bennington

 

*La Quilmes est une bière très populaire d’Argentine.

* Le(a) Porteño(a) est l’habitant(e) du port de Buenos Aires.

Article publié sur: http://tout-ca.com/2010/04/29/ca-marche-comment-l%E2%80%99amour-en-argentine/

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Les petites histoires du machisme argentin

Publié le par Helix Bennington

Détail de la statue de la Plaza Francia dans le quartier Recoleta de Buenos Aires

Détail de la statue de la Plaza Francia dans le quartier Recoleta de Buenos Aires

De toute ma vie c’était la première fois que j’assistais à ce spectacle. Nous étions cinq femmes à attendre l’autobus 118 sur l’avenue Pueyrredón à Buenos Aires et un homme nous précédait dans la file. Lorsque vint le moment de grimper dans le transport en commun, notre homme se recula afin de laisser monter la gente féminine avant lui. Originaire d’un pays où la galanterie relève davantage aujourd’hui de l’ordre du concept théorique, j’avais trouvé l’attitude de cette créature d’une élégance folle.

L’expérience répétée je me suis rendue compte lorsque l’entrée ne tolérait pas deux personnes en même temps, qu’il était dans la coutume de donner la priorité au beau sexe. On prend vite goût à cette règle imparable, à tel point qu’on trouvera choquant le mâle indélicat qui n’aura pas honoré son « devoir » en pénétrant le premier dans une pièce. « Quel goujat » !

De la même façon si l’on se trouve en proie à quelques carences narcissiques, une simple promenade dans un des quartiers de Buenos Aires a la capacité de regonfler à bloc un égo féminin chétif. Car en Argentine, l’Argentin regarde ! C’est ainsi qu’en foulant le macadam porteño*, vous serez surprise de constater la compagnie de dix-milles paires d’yeux se plaisant à suivre la cadence de vos pas. Dans le métro ces mêmes yeux ne contempleront pas le plafond d’un air vague afin d’éviter de se heurter visuellement les uns les autres comme dans les transports parisiens. Au contraire, ils prendront leurs aises pour apprécier la joliesse de votre minois ou les courbes de la jeune fille assise à leurs côtés. Là où dans la capitale française les regards masculins sont plus rares et moins assumés…plus subtils tout simplement, il est parfois agréable de se sentir valorisée par ces œillades admiratives qui vous donneront l’impression d’être une descendante de Venus. Œillades par ailleurs distribuées à peu près à tout être humain propriétaire d’un décolleté.

Généralement, en même temps qu’il admirera vos gambettes extraordinaires en public, le mâle argentin vous servira une de ces petites phrases porteñas appelées piropos destinées à vous poser en rivale de Miss Univers. Le piropo allant du compliment courtois (et un peu niais) tel que : « vos yeux sont magnifiques, pourriez-vous m’en faire cadeau ? », aux remarques plus directes et beaucoup plus fréquentes du bipède masculin qui se plaira à souligner verbalement telle ou telle partie de votre anatomie. Le piropo se pratiquant dans la cité portuaire comme un sport national, vous pourrez trouver flatteur le fait de vous faire courtiser sitôt le pied posé hors de votre « home sweet home ».

Il est agréable de se sentir considérée par ces diverses marques d’attention, qui même si elles ne sont pas innocentes, agrémentent le quotidien. Toutefois à y regarder de plus près on notera que ces quelques détails de la vie de tous les jours offrent davantage la vision d’une femme argentine reléguée au rang d’objet sexuel. Certes il est tout à fait exquis de se voir ouvrir la porte, se sentir privilégiée en passant la première dans une pièce, s’assoir sur le siège qu’un Adonis vous aura précipitamment cédé dans le bus, observer votre concierge vous proposer ses muscles pour porter vos paquets chargés au retour des courses chez Coto*, se voir systématiquement invitée dans les cafés parce que l’addition sera toujours mise sous le nez de votre cavalier, se mirer à travers les longs regards flatteurs des inconnus dans le métropolitain, s’entendre susurrer des phrases élogieuses sur votre passage dans la rue…Cependant si hommes et femmes sont égaux, pourquoi Jojo s’évertue-t-il à se comporter différemment avec sa semblable ?

Ne chérissant pas les généralités, je me baserai sur mon seul ressenti quant à la question de la place des femmes dans la société porteña. L’un de ces ressentis concerne cette impression de « femme incapable sans la présence d’un homme », une femelle dépendante de la bonne volonté du mâle, de sa force physique, de son pouvoir économique…Car enfin si la galanterie souligne une certaine élégance, elle considère avant tout ces dames comme « amoindries » et dans l’attente perpétuelle du secours d’un sauveur. Ce qui en fin de compte relève du machisme. Le fait également de faire des activités en solo lorsqu’on est une femme à Buenos Aires ne paraît pas toujours d’une évidence lumineuse. Je prendrai en exemple le cinéma, lieu passé maître dans la réception des couples où l’on me demande constamment, alors que je ne me présente visiblement accompagnée que de moi-même et que de plus la séance a déjà commencé depuis un quart d’heure, combien d’autres places je souhaite acheter. De la même manière il est amusant de constater l’œil interrogateur au sein des gares routières et la tonalité surprise de ces : « viajas sola ?! » (« tu voyages seule ?! ») lorsqu’une fois descendue du bus on replace son sac à dos géant sur les épaules pour poursuivre librement son voyage à la routarde.

Revenons aux regards et aux petites phrases lancées sur votre passage en plein Buenos Aires. S’ils permettent de faire circuler le désir dans la société et donc de la dynamiser, ils créent néanmoins une impression d’« objetisation » de la femme argentine. Le fait d’être en effet commentée en permanence dans la rue au moindre croisement d’avec la gente à l’entrejambe protubérante donne la sensation d’être perçue comme un objet. Un objet que l’on se permet d’examiner sous toutes ses coutures et sur lequel monsieur n’hésite pas à donner son avis. L’inverse en Argentine ne se rencontre pas. Aucune fille ne s’autorise à haute voix l’éloge du « produit » mâle qui viendra de déambuler dans son champ de vision.

Pourquoi?

Du fait du poids de ces regards suivant avec insistance la silhouette de n’importe quelle personne de sexe féminin à peu près normalement constituée, plane une pression sur le physique beaucoup plus imposante qu’en France. Ce qui explique peut-être le côté « poupée » des Argentines arborant tenues coquettes ultra-stylisées, ongles des mains (et des pieds) toujours peinturlurés rouge flamboyant, souliers à talon immense et sac à main dernier cri. A la différence du pays gaulois et encore plus de l’Angleterre où diverses « tribus » proposent encore un style vestimentaire affirmé et assumé: hippie, punk, grunge, rappeur, gothique, androgyne, emo…la capitale portègne produit de petites figurines en série dépourvues au final de marque identitaire.

Cette pression concernant l’apparence extérieure dont fait partie le corps a pour conséquence le recours très important des femmes argentines à la chirurgie esthétique. En 2007 le territoire occupe la 3ème place mondiale, derrière le Brésil et les Etats-Unis quant au nombre d’interventions par habitant*. Ici la chirurgie plastique relève du même ressort que la psychanalyse: tout le monde y fait appel. A l’occasion par exemple de la grande fête réalisée en l’honneur des 15 ans d’une jouvencelle venant de famille aisée, cette dernière se verra la plupart du temps proposer comme choix de cadeau : un voyage à Disneyland ou le façonnage d’une nouvelle paire de seins. Comme le titrait un célèbre soap opera colombien : « Sin tetas no hay Paraíso » (Sans seins point de Paradis)*.

A l’inverse de l’Europe où les sexes se confondent pour mieux jouer avec les registres censés appartenir au genre opposé, le pays à la bannière ensoleillée maintient le grand écart. Un homme doit être fort, viril, il doit afficher un corps d’homme. Une femme doit être belle, féminine et arborer un corps de femme. Les différences corporelles sont très marquées et si on n’a pas le corps qu’il faut, la médecine se chargera de vous l’offrir. On reste dans un schéma binaire où chacun a une place bien définie.

L’importance attribuée au physique de ces demoiselles vaut peut-être également parce qu’on ne leur demande pas autre chose. En France un corps un peu ingrat sera « pardonné » car on attendra de la jeune fille d’autres qualités que simplement d’être agréable à la vue. « Sois belle et tais-toi » semble encore faire partie d’une certaine pensée argentine.

Enfin, si le machisme a encore la part belle dans le pays du tango, c’est peut-être parce qu’il n’a pas connu les deux guerres mondiales subies par le vieux continent qui durant l’absence des hommes au front a dû continuer à produire et vivre grâce aux femmes qui investirent dès lors, la sphère professionnelle et publique, s’émancipant de plus en plus pour donner naissance au mouvement féministe des années 60.

« On ne naît pas femme, on le devient. Aucun destin biologique, psychique, économique ne définit la figure que revêt au sein de la société la femelle humaine ; c’est l’ensemble de la civilisation qui élabore ce produit intermédiaire entre le mâle et le castrat qu’on qualifie de féminin.»* disait Simone de Beauvoir. Reste à savoir quelle femme les Argentines ont envie de devenir.

 

Helix Bennington

 

* Originaire de Buenos Aires.

*http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/200901/06/01-680721-la-chirurgie-esthetique-nouvelle-attraction-en-argentine.php

* « Sin Tetas No Hay Paraíso » est une célèbre série télévisée colombienne, produite et diffusée par « Caracol TV ». L’histoire se base sur le roman éponyme écrit par Gustavo Bolivar.

* Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe 1, Gallimard. 1949, pages 285 et 286.

Article publié sur: http://tout-ca.com/2010/04/21/les-petites-histoires-du-machisme-argentin/

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